La vie d'un agent recenseur du Recensement de 1871

Vous vous êtes déjà demandé à quoi ressemblait la vie d'un agent recenseur en 1871? Ou à quel point le recensement était différent dans le passé? Lisez la suite pour le savoir!

Le Recensement de 1871

Le recensement national a été instauré dans le cadre de la Loi constitutionnelle de 1867, aussi connue sous le nom de Loi de 1867 sur l'Amérique du Nord britannique. Il s'agit du document juridique qui a créé le Dominion du Canada. Cette loi précisait qu'un recensement serait réalisé en 1871 et tous les 10 ans par la suite.

Bien que le Recensement de 1871 soit appelé un recensement national, il couvrait uniquement le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l'Ontario et le Québec. Le Manitoba et les Territoires du Nord-Ouest sont entrés dans la Confédération en 1870, mais ils n'ont pas participé à ce recensement. La Colombie-Britannique, qui s'est jointe à la Confédération en 1871, n'y a pas participé non plus. Le but premier du Recensement de 1871 était de déterminer le nombre de députés qui devaient être affectés à chaque district, en fonction de la taille de la population. Le recensement était obligatoire; tous les Canadiens étaient donc légalement tenus d'y participer.

Le Recensement de 1871 comprenait 211 questions réparties en neuf groupes différents (aussi appelés « tableaux »). Ils comprenaient les rubriques suivantes :

  • Tableau 1 : Dénombrement des vivants
  • Tableau 2 : Dénombrement des morts
  • Tableau 3 : Établissements publics, propriétés immobilières et mobilières
  • Tableau 4 : Les terres cultivées et leurs produits
  • Tableau 5 : Bétail, produits animaux y compris les fourrures
  • Tableau 6 : Établissements industriels
  • Tableau 7 : Produits des forêts
  • Tableau 8 : Navigation et pêcheries
  • Tableau 9 : Produits des mines

La vie d'un agent recenseur

Pour mener le recensement, le gouvernement a dû embaucher des agents recenseurs. Nous pouvons en apprendre davantage sur leur vie en consultant le manuel pour les agents recenseurs du Recensement de 1871.

Figure 1
Figure 1 - La première page du manuel de l'agent recenseur pour le Recensement de 1871. Le titre officiel est Manuel comprenant « L'Acte du Recensement » et les instructions destinées aux officiers employés dans le premier recensement du Canada, 1871. Il a été publié à Ottawa par ce qui était alors le département de l'Agriculture.

Ce recensement a nécessité la participation de 2 789 agents recenseurs travaillant au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, en Ontario et au Québec. Les personnes embauchées pour faire ce travail étaient « intelligentes, honnêtes, laborieuses et bien préparées ». Certains agents recenseurs habitaient dans la même collectivité où ils menaient leur enquête, mais pas tous. Le devoir le plus important d'un agent recenseur était d'être discret et de protéger la confidentialité des renseignements personnels recueillis. Comme l'explique le manuel, on s'attendait à ce que tous les agents recenseurs « doivent apporter, à l'accomplissement de leurs fonctions, la discrétion qui doit caractériser les actes d'hommes appelés à remplir des devoirs importants et d'une nature délicate ». Autrement dit, ils étaient chargés de veiller à ce que tous les renseignements recueillis demeurent confidentiels.

Chaque agent recenseur recevait « cahiers d'une grandeur convenable, facile par conséquent à transporter et à manœuvrer ». Ces feuilles de papier avaient été conçues pour contenir toutes les réponses d'un tableau sur une seule page, afin de réduire la quantité de feuilles à manipuler. Elles devaient être rangées dans un dossier ou un porte-documents pour faciliter leur transport. Le porte-documents servait également de surface solide sur laquelle l'agent recenseur pouvait écrire. Chaque page comportait une liste de rubriques permettant aux agents recenseurs d'inscrire des renseignements sur la région où ils menaient leur enquête. Toutes les pages devaient être numérotées dans le bon ordre.

Figure 2
Figure 2 - Le haut d'une page du recensement où les agents recenseurs indiquaient la province, le district et le sous-district faisant l'objet d'un recensement par interview, ainsi que le numéro de page du document.

À la fin de la journée, les agents recenseurs devaient également apposer leur signature à la dernière ligne du Tableau 1 et indiquer la date.

Figure 3
Figure 3 - Le bas d'une page du recensement, montrant la signature de l'agent recenseur dans le coin inférieur droit.

Les agents recenseurs faisaient du porte-à-porte pour interviewer les membres de chaque ménage et consigner leurs réponses. L'exactitude était d'une importance cruciale. Si des erreurs étaient commises au moment d'inscrire les renseignements, elles étaient corrigées en les rayant d'un mince trait à l'encre. Si une personne refusait de répondre, on s'attendait à ce que les agents recenseurs soient courtois, mais fermes. Dans ces cas, on avertissait la personne que le refus de répondre aux questions du recensement pouvait entraîner une amende.

Une fois toutes les interviews terminées, toutes les feuilles de papier officielles (même celles qui n'avaient pas servi) étaient envoyées au ministère de l'Agriculture (Bureau du recensement). Il était interdit de faire des copies des réponses à l'enquête.

Questions et réponses inhabituelles

L'un des aspects les plus singuliers du Recensement de 1871 était qu'il s'agissait du premier recensement à recueillir des renseignements sur les origines nationales, raciales ou ethniques de tous les Canadiens. Les recensements précédents comportaient uniquement des questions sur le pays de naissance et la religion. Ainsi, le Recensement de 1871 est particulièrement important pour les historiens, car il montre la diversité du pays dès 1871. Les agents recenseurs devaient inscrire la réponse exactement telle qu'elle avait été donnée par chaque personne.

Figure 4
Figure 4 - Un extrait du manuel de l'agent recenseur donnant des instructions sur la façon d'inscrire les renseignements concernant l'origine ethnique de la personne recensée. Le texte se lit comme suit : « Colonne 13. L'origine des familles et des individus doit-être inscrite telle que donnée par le chef de famille ou la personne interrogée comme suit : Anglaise, Irlandaise, Écossaise, Africaine, Sauvage, Allemande, Française etc., ainsi qu'illustré par le Tableau-Exemple ».

Les agents recenseurs recevaient également des instructions sur la façon d'inscrire la profession, le métier ou l'occupation de certaines personnes. Par exemple, si les fils travaillaient pour leur père, on notait qu'ils exerçaient le même métier que lui. Donc, si un homme était charpentier et que son fils travaillait pour lui, on inscrivait que le fils était également charpentier. Toutefois, tout jeune homme qui étudiait, que ce soit à l'école ou comme apprenti, était inscrit comme étudiant.

Figure 5
Figure 5 - Une capture d'écran du manuel avec le texte : « Colonne 14. La profession, le métier ou l'occupation doivent aussi être inscrits tels que donnés. Quand deux professions sont pratiquées par la même personne, on peut les inscrire toutes deux, ou n'en inscrire qu'une selon l'avis de la personne elle-même. Les enfants qui suivent la profession de leur père ou lui sont associés doivent porter la même indication. Par exemple : Un fils de cultivateur travaillant avec son père doit-être désigné comme " Cultivateur ", le fils d'un charpentier comme " Charpentier ". Les jeunes gens étudiant une profession ou apprenant un métier, doivent être désignés dans cette colonne comme suit : " Etud : en médecine " — " Etud : en loi " — " Apprenti forgeron " et ainsi de suite. Les élèves des maisons d'éducation peuvent être désignés sous le nom générique d'étudiants. »

La profession des femmes était seulement inscrite si leur travail se faisait en dehors de leurs fonctions habituelles à la maison. Dans ces cas, la profession d'une femme était notée par un tiret « — », qui était le même signe que l'on inscrivait pour les enfants.

Figure 6
Figure 6 - Une capture d'écran du manuel contenant le texte suivant : « Quant à ce qui regarde les femmes, à moins qu'elles n'aient une occupation distincte à part des travaux de la maison, elles doivent être désignées comme n'ayant pas de profession spéciale par le signe — ; il en est de même des enfants. Les femmes ayant une occupation spéciale, comme celle de couturière, de commis, d'employée de manufacture, doivent être désignées selon le cas. »

Au Tableau 6 : Établissements industriels, le manuel contient des exemples très précis. Lorsque nous pensons à des établissements industriels, nous pensons souvent à des usines ou des projets à grande échelle, mais selon le Manuel contenant l'Acte de recensement, il s'agissait d'endroits où les gens travaillaient pour fabriquer, modifier, créer ou transformer les matériaux, pour la vente ou la consommation, quelle que soit la quantité produite. Dans ce recensement particulier, les moulins et les poteries, ainsi que les magasins de chaussures et les boutiques de vêtements et de tailleurs, étaient tous considérés comme des établissements industriels.

Figure 7
Figure 7 - Une capture d'écran du manuel avec le texte : « Par établissement on entend un local quelconque dans lequel une ou plusieurs personnes sont employées à transformer une matière quelconque en article d'usage ou de consommation, sans égard à la valeur de l'établissement et de ses produits.
Un four à chaux, une fromagerie à part d'une ferme, un chantier de construction de navires, une fabrique d'acide sulfurique, un moulin quelconque, une marbrerie, une poterie, une fonderie, une manufacture de roues ou de voitures, une charcuterie, une raffinerie, une manufacture de draps, une usine quelconque, tout aussi bien que les boutiques de cordonniers, de selliers, de tailleurs, de forgerons, de menuisiers, de charpentiers, etc., etc., sont tous des établissements industriels. Dans les produits de tous ces établissements on doit enregistrer la valeur des travaux ordinaires de réparation et de raccommodage. Il va sans dire que la valeur du travail des ouvriers employés à gage ne doit pas être enregistrée à part, attendu que cela fait partie des produits de l'établissement qui les emploie. »

Conclusion

Nous pouvons en apprendre beaucoup sur le Recensement de 1871, sur le travail des agents recenseurs et sur les perspectives des Canadiens à la fin du XIXe siècle simplement en consultant le Manuel contenant l'Acte de recensement. Aujourd'hui, le fait le plus important n'a pas changé : être un agent recenseur demeure une responsabilité importante.

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